Du temps


Le temps est souvent présenté comme un remède, ça passera, "avec le temps". Comme une fatalité, aussi, "avec le temps, tout s'en va". Comme une frustration du quotidien "je n'ai pas le temps". Comme une nécessité, surtout, de "prendre le temps"

Le temps est un paradoxe. Le temps, centre de nos existence, est perçu comme un élément incontrôlable que l'humain se tue à vouloir contrôler. Arrêter le temps, passer le temps, accélérer le temps, sont autant de volontés qui traversent nos esprits. 

Le temps a fasciné les siècles. Le temps a façonné les siècles. 

Le temps était l'objet du numéro du 1 de la semaine passée. Ou plutôt, notre rapport au temps. 

Le temps passe et me dépasse. L'objet de notre confiance et de nos peurs. 

"La civilisation a voulu nous persuader que nous allons vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre seul but, c'est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours et qu'à toutes les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous vivons." (Jean Giono)

Les temps changent, le temps non, sa perception oui. Chaque société y accorde une valeur propre. Dans la nôtre, le temps est vu comme un chemin menant à l'aboutissement. Dans la mienne, le temps est le pilier d'une vie, la vie une succession d'instants. 

Le temps est associé à la patience. "Un temps pour tout". Un temps pour l'école, un temps pour le travail, un temps pour la mort. Apprentissage, production, mort. Clivage. Sacrifice de l'instant. Tout est vu comme période en attendant. En attendant quoi ?

Le temps file. À toute allure. Nous ne sommes pas immortels.

Le temps est cyclique et linéaire. 

Vivre à fond ou ralentir ? Là est l'incontournable paradoxe. Nous voulons remplir nos journées pour ne perdre aucune miette de temps et se sentir vivant. Nous voulons ralentir pour savourer les minutes qui passent et se sentir vivant. Les deux sont une nécessité. Une question d'équilibre ? 

Le temps est vu comme profitable s'il est productif. Dans une société qui tend à promouvoir le ralentissement, nous nous entêtons à multiplier les activités, les centres d'intérêt, les frustrations. Incompatibilité ? 

"Est-ce le temps qui nous stresse et nous consume, ou bien la multiplication des injonctions contradictoires ?"

L'épanouissement dans l'occupation. La vie dans l'accomplissement. La culpabilisation dans "rien faire". Est-il possible de ne rien faire ? Respirer. Penser. Retour à l'état brut. Acceptation, avant tout. Profiter de l'instant dans l'inaction. Profiter de l'instant dans la tristesse autant que dans la joie. Profiter de l'instant dans la lassitude autant que dans l'excitation. Profiter de l'instant comme profiter de la vie. Instants inacceptables à accepter. Instants inévitables à honorer. 

"Yoga, méditation, déconnection, slow ceci, slow cela ? Le physicien Erwin Schrödinger expliquait qu'il suffit d'un baiser sincère : "Aimez une fille de tout votre cœur, écrivit-il un jour, et embrassez-là sur la ouche : alors, le temps s'arrêtera et l'espace cessera d'exister" (Étienne Klein). 

Serait-il temps d'aimer ? 


3 commentaires :

  1. Hello Lison !
    J'ai beaucoup aimé ton article. Il me parle vraiment. Actuellement, je suis en année de césure entre ma L3 et mon M1 de droit public. Je suis heureuse d'avoir pris cette décision, de prendre du temps pour moi mais ayant trop peur de m'ennuyer j'ai décidé en plus de mon service civique de faire des cours par correspondances pour que mon cerveau soit toujours stimulé. Je me suis donc embarquée dans une aventure avec 5 matières du droit, de l'anglais de la comptabilité mais cela m'a bouffé de l'intérieur car je ne prenais aucun temps pour moi. Je m'enfermais dans les cours car je connaissais personne (je viens de déménager à Tours) et je me suis rendue compte qu'il fallait stopper cela. Il fallait que je prenne réellement du temps pour moi comme je m'étais dit au départ.
    De ce fait, je ne passerai qu'une matière, les autres je les laisse de côté car ce n'est pas pour moi. J'ai envie de prendre du temps pour moi et en même temps j'ai hâte d'aller en Master de droit public car c'est ce que j'aime vraiment !
    Tout cela est très paradoxale... Je veux plus de temps et en même temps j'ai hâte d'être en septembre !
    Bisous ma belle <3

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    1. Hello !
      Effectivement Lucie m'avait dit que tu suivais des cours par correspondance pendant ton service civique, j'imagine que ça doit être difficile effectivement de trouver un équilibre avec tout ça. Et dans "équilibre", j'entends "prendre du temps pour soi". Pourtant je comprends, c'est moi aussi quelque chose que j'envisage, suivre des cours par correspondance en même temps qu'autre chose, service civique, double-cursus..., parce que j'aime être hyper occupée et stimulée. Alors c'est bien que tu me préviennes des difficultés ;) C'est bien que tu te rendes compte qu'un tel rythme n'est pas vivable pour toi, j'espère que tu es davantage épanouie depuis que tu as pris cette décision. Est-ce que c'est juste parce que ça te prenait trop de temps, ou est-ce que c'est surtout parce que ces cours ne t'intéressent pas ? Et j'en profite pour une autre question : tu le fais dans quoi, ton service civique ?
      Et au moins, on peut dire que ton année de césure t'auras permis de connaître tes limites, pour mieux rebondir maintenant et commencer ton Master sereinement !
      des bisous à toi

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  2. C'est vrai que le temps est vraiment devenu une problématique urgente au sein de nos sociétés. On nous accumule de produits et de mode de vie qui nous permettrait d'augmenter notre "productivité", mais d'un autre coté on perd complètement le notion de temps. Je crois que c'était Jean d'Ormesson qui faisait un bref retour sur sa vie dans une interview avec la notion du temps, toujours un peu présente dans tout nos débats.
    Voici le lien : https://www.facebook.com/septahuitofficiel/videos/1433404793423536/

    Bisous,
    Eléonore
    http://sofunnygirl.blogspot.fr

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